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La chanteuse et le tabloïd

[D’après le papier de « Stern », entre autres]

Quiconque s’en prend à « Bild », risque de sévèrement le regretter. C’est en tout cas l’histoire racontée partout dans la presse allemande aujourd’hui: Judith Holofernes, chanteuse d’un groupe pop très populaire en Allemagne « Wir sind Helden » (Nous sommes des héros), s’est faite avoir comme une bleue.

A l’origine, une campagne de communication du tabloïd intitulée « Ihre Meinung zu Bild…? » (« Votre avis sur Bild? »), à laquelle participent des personnalités comme l’acteur Til Schweiger ou le footballeur Philipp Lahm. Le but, en gros, étant d’afficher leur avis, positif ou non, sur le journal, et de montrer qu’au fond il est indispensable et incontournable, même si on n’adhère pas totalement. Les 10 000 euros d’honoraires sont ensuite reversés à des associations caritatives.

Jung von Matt, l’agence de pub qui travaille pour Bild, souhaite la participation de Wir sind Helden. Mais celui-ci n’a jamais caché ses prises de positions critiques envers la société de consommation, encore moins envers ce genre de médias. La chanteuse Judith Holofernes répond donc à l’invitation de « Bild » par une lettre ouverte postée sur le site du groupe. Elle y explique que ce genre d’action est « la plus perfide qu'[elle ait] vue depuis longtemps », et que la soi-disant invitation à la critique ne serait en fait qu’ « un cadeau empoisonné » pour les participants, qui se retrouvent finalement à cautionner une énorme campagne de pub pour Bild derrière le prétexte caritatif. Le jour-même, la lettre est postée sur le groupe facebook officiel du groupe, attire critiques et éloges, et, faut-il le préciser, fait le tour du net via les réseaux sociaux.

Il n’en fallait pas plus à Bild pour réagir. Le lendemain, Holofernes donne une interview au quotidien de gauche « Die Tageszeitung » (« Taz » pour les habitués) pour expliquer sa décision. Le même jour paraît dans le quotidien une pleine page de pub. Dessus, la lettre de la chanteuse. En guise de titre, la question « Votre avis sur Bild, Judith Holofernes? ». Puis, en bas de la lettre: « Bild remercie Judith Holofernes pour son avis sincère et gratuit. » L’arroseur arrosé.

Pourtant, pas de surprise pour la chanteuse, qui apprend pendant l’interview la présence de la pub de Bild dans la même édition. Elle ne se démonte pas, ni ne portera plainte, mais relève qu’il est intéressant que la « Taz soit un support pour ce genre de pub ».

Quant à la Taz, son rédac’ chef explique dans l’article de « Stern » que la pub de Bild, qui a coûté 12 555 euros, avait été réservée indépendamment de l’interview. Selon lui, écarter toute publicité qui jette de l’huile sur le feu dans un débat signifie la fin de la pub dans les journaux.

En attendant, l’affaire a fait parler au sein de la rédaction du quotidien, mais aussi chez ses lecteurs, qui ont du mal à comprendre pourquoi personne dans le journal n’a évité la publication de la pub. Dans l’affaire, c’est surtout la Taz qui pourrait y perdre en crédibilité et en lecteurs – et donc y laisser le plus de plumes.