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A propos du « nouveau » cinéma allemand

Des choses à voir, à lire, à écouter sur le sujet:

– « Good-Bye Fassbinder! », de Pierre Gras chez Jacqueline Chambon.  Un livre vraiment intéressant qui retrace le parcours du cinéma allemand de ces vingt dernières années, et évoque notamment le débat autour de la nouvelle vague.

– L’émission « La Grande Table » de France Culture, qui s’est rendue à Berlin pendant la Berlinale et en a profité pour inviter Ulrich Köhler, Romuald Karmakar et Christoph Hochhäusler. Réécoutable et podcastable sur le site.

– L’Institut Goethe organise pendant quelques mois un cycle-carte blanche à « Revolver« , revue de cinéma fondée par les cinéastes Christoph Hochhäusler et Benjamin Heisenberg. L’occasion de voir des films jamais distribués en France.

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Berlinale, decrescendo

Il y a tous ces films qu’on aurait voulu voir, et il y a tous ceux qu’on n’avait pas prévu de voir. Il y a ceux dont on se dit qu’ils passeront forcément par la France et qu’on se fera un plaisir de retrouver en salle, en se rappelant l’effervescence de la Potsdamer Platz.

Et puis il y a ceux qu’on regrette pour de vrai. Pour moi, il s’agit de Traumfabrik Kabul. Son réalisateur, Sebastian Heidinger, est aussi celui de « Drifter », « notre » gagnant de la Perspektive deutsches Kino en 2008. Un très beau docu de fin d’études sur les ados camés de la Bahnhof Zoo à Berlin. Sans commentaires, avec de magnifiques plans de Berlin, on suivait ces jeunes dans leur journée, à la recherche d’argent, de logement, de survie.

Un film dur mais vraiment très réussi. Seulement, difficile de vendre « Drifter » comme « Prinzessinenbad », gagnant de 2007, qui racontait l’été de trois petites nanas de Kreuzberg. Là, le sujet dérange, effraie, bref, n’est pas très vendeur. Après la Berlinale de 2008, je n’ai plus eu de nouvelles du film.

Et puis surprise la semaine dernière, en consultant le programme: Sebastian Heidinger revient à la Berlinale avec un nouveau film. Un documentaire, Traumfabrik Kabul donc, sur une réalisatrice afghane. La Perspektive est loin, cette fois le film est présenté dans la section Forum et les premiers échos que j’en ai eu sont très positifs. Je suis vraiment triste de ne pas avoir pu le voir, car je doute qu’il arrive un jour en France (ou alors via Arte?). Mais l’idée que notre petit prix ait pu l’aider même de façon infime à voir le jour, me réjouit pour de vrai.

Berlinale, épisode combien déjà?

Le temps file, et l’envie de profiter des derniers instants berlinois a tendance à primer sur les films. S’enfermer au ciné, c’est merveilleux mais parfois contrariant quand la ville est si géniale (je suis présentement en train d’essayer de ne pas regretter le film que je viens de décider de louper). Bref.

La journée ciné d’hier fut courte mais extrêmement intéressante. D’abord, « Le cheval de Turin », de Bela Tarr. Je fais partie des incultes qui n’avaient jamais rien vu de lui avant, mais on m’avait prévenue que ce serait une expérience. Je n’ai pas été déçue… Photo incroyable, plans séquences sans fin, atmosphère de fin du monde, il ne se passe quasiment rien dans ce film, et pourtant il ne lâche jamais son spectateur. Enfin, en théorie, parce que dans le ciné où je l’ai vu, une bonne dizaine de personnes est partie avant la fin. Les survivants, eux, ont crié au génie. Moi, scotchée, j’ai quand même eu un fou rire nerveux en plein milieu, quand j’ai tout à coup pensé qu’on pourrait aussi se trouver devant le plus gros cliché du film chiant: un film hongrois sous-titré en allemand, en noir et blanc, avec en tout et pour tout 30 plans et à peine quelques dialogues… Et pourtant, c’est tout sauf chiant. Bref, gros coup de génie de Bela Tarr.

Le second film est à mon avis le gagnant de cette Berlinale. « Nader et Simin, une séparation » raconte l’Iran d’aujourd’hui à travers une famille de la classe moyenne, dont l’équilibre, déjà fragile, est bouleversé par un fait divers. A la fin, pas de hourras dans le public, mais de longs, très longs applaudissements. L’intelligence du film consiste à raconter la société iranienne contemporaine à travers la vie de cette famille: le mariage, la religion, la justice, l’éducation etc. Ici, il n’est pas question de révolution politique, ni d’histoire, mais juste du quotidien iranien dans une famille finalement comme les autres. C’est remarquablement fait, et l’ours d’or serait logique. Réponse ce week-end.

Berlinale, épisode 2-3.

Comme d’habitude, peu de temps. Peu de temps pour manger, dormir, bloguer. Rien n’a changé, la Berlinale reste une course contre la montre, mais c’est si bon.

Je ne m’attarderai pas (tout de suite) sur Pina, le film de Wim Wenders en 3D sur la chorégraphe allemande, car tout le monde va le faire à ma place. En résumé, c’est époustouflant, poétique, bouleversant. Quelle claque!

Sinon, dans la masse de films, j’ai remarqué le cas intéressant de « Alemanya, willkommen in Deutschland », petite comédie gentillette sur l’histoire de l’arrivée d’une famille turque en Allemagne. S’il fallait emprunter des raccourcis sans en avoir honte, je dirais que c’est un mélange de Bienvenue chez les ch’tis et Le nom des gens. C’est bourré de clichés sur les allemands et les turcs, mais c’est assumé, et on rit (un peu). Quelques scènes sont réjouissantes, comme ce grand-père turc qui rêve qu’on l’oblige à manger des patates et regarder Tatort toute sa vie maintenant qu’il a un passeport allemand… La salle, pliée de rire, a applaudi. En soi, le film n’a rien de génial, mais en plein débat sur l’immigration et l’intégration en Allemagne, il tombe à pic pour faire un pied de nez à Sarrazin et à son livre polémique. Mon petit doigt me dit qu’il va faire un tabac ici.

Enfin la grande invitée de cette Berlinale, c’est définitivement la 3D. Que ce soit dans le dernier film animé de Michel Ocelot (Les contes de la nuit, en compétition) ou dans un docu de Werner Herzog ou de Wenders, elle est présente là où on ne l’attendait pas. Arrivée dans un monde où on la pensait réservée aux blockbusters, on découvre en fait qu’elle peut s’avérer indispensable pour filmer la danse et faire passer l’émotion – dans le cas de Pina, ou qu’elle a toujours été présente dans la création, comme dans le film de Michel Ocelot.

Bref, plein de choses intéressantes ici. Je continue la course en allant rencontrer le jury 2011 de la Perspektive deutsches Kino pour les dix ans de la section. Avant de courir pour attraper le prochain film…

Berlinale, épisode 1.

Une semaine berlinoise, donc. Qui commence, avant de se jeter sur les films, par revoir les amis, baver devant leurs appart’ « typisch Berlin » et profiter un peu de la ville. Ca tombe bien, il fait un temps magnifique et les terrasses de la Bergmannstr. n’attendent que nous…

Mais plus sérieusement, on est quand même pas v’nus pour beurrer les sandwiches, comme disait l’autre. Le marathon cinématographique commence donc cet après-midi, avec Las malas intenciones, Margin Call et Life in a day. Pas du tout les films que j’avais prévu de voir, mais avec mon accréditation, je prends ce qu’il y a – et c’est très bien comme ça. Finalement, les gros films dont tout le monde parle passeront tous un jour où l’autre en France, alors autant découvrir les plus discrets ou les plus petits qui ne seront peut-être jamais distribués ensuite.

A part ça, rien n’a changé ou presque. La Potsdamer Platz reste une fourmillière qui grouille de gens pressés, arborant le joli sac bleu nuit donné avec les accréditations. Une seconde de nostalgie en apercevant le sac rouge et vert d’il y a trois ans… Mais pas le temps de rêver, ça s’agite, ça parle toutes les langues du monde, et sous les arcades la foule s’agglutine en espérant choper quelques places.

Tout ça est bien beau mais ne vaut pas les rues animées de Kreuzberg baignées de soleil. Ah Berlin, tu m’as manqué.

Berlinââle, comme disent les snobs

Autant vous prévenir, bientôt je vais vous embêter avec la Berlinale. Ceux qui me connaissent ont déjà entendu mille fois cette histoire et lèvent déjà les yeux au ciel intérieurement… Alors je ferai court.

Il y a au festival de Berlin une section appelée « Perspektive deutsches Kino », consacrée aux jeunes talents du cinéma allemand. Les réalisateurs sont généralement fraîchement diplômés de leur école de cinéma. Les films sont inégaux, mais attachants. Et depuis quelques années, c’est une bande de jeunes français et allemands, recrutés sur concours par l’Ofaj et TV5 Monde, qui désignent le vainqueur et lui remettent le prix « Dialogue en perspective ».

Il y a trois ans, j’ai eu la chance de faire partie de cette bande de jeunes. Quand je dis la chance, c’est parce que c’était une expérience assez folle. Pendant dix jours, le quotidien consiste à voir des films, à en parler, et à donner quelques interviews. J’ai connu plus pénible.

Dix jours durant, ce fut une véritable boulimie cinématographique. Pour nous, jeunes insolents, les places de la Perspektive étaient réservées. Pour les autres films, quelques minuscules formalités dont la simplicité nous laissait ébahis. Roulez, jeunesse! J’ai du voir entre 30 et 40 films en dix jours, des bons et des franchement mauvais. Pourtant, la crainte de m’endormir pendant la première projo de 9h ne s’est jamais concrétisée.

Au terme de ces dix jours assez incroyables, il a fallu quitter Berlin et les autres jurés, pour retrouver son quotidien. Le mien consistait à l’époque à éveiller un quelconque intérêt pour la France et le français dans l’esprit brumeux de boutonneux teutons, bien trop occupés à jouer avec leurs hormones. Et malgré les exclamations pleines d’enthousiasme de ma tutrice – « Oh mais Ariane, tu as là un curieux bracelet autour du poignet! Mais d’où vient-il donc? » – mon récit du festival les a autant passionnés que si je leur avais lu l’annuaire.

Malgré tout ces dix jours restent un grand souvenir. Si grand, que je reprends bientôt la route du festival. Avec une accréditation un peu moins magique cette fois, mais avec l’excitation de voir la ville qui ne vit que pour le cinéma, pendant quelques jours.

Des nouvelles bientôt, ici et sur d’autres supports.

Tchi-tcha

Il est jeune, brun, maigre, ni très beau, ni vraiment laid. Quand ce n’est pas un adolescent vierge, il a une petite trentaine d’années, est passé à côté d’une carrière artistique (ce qui explique son côté doux rêveur), et gagne sa vie en faisant un job inintéressant. Il ne s’entend pas avec sa famille, souvent ses parents sont séparés, il est maladroit et, évidemment, s’éprend d’une fille magnifique et insaisissable.

Ça vous rappelle quelque chose?

Lui, c’est le héros de ces films pseudo-indépendants américains qui pullulent depuis quelques années. Personnellement, j’ai commencé avec Garden State, le film de Zach Braff (également acteur de la série Scrubs). La recette de ce genre de films: de l’humour décalé, de jolies images, une BO sympa, un personnage principal généralement peu connu, le peu de stars du casting étant des stars « cool » (comme Natalie Portman ou Zooey Deschanel). Et puis surtout, un anti-héros touchant (ou pas) qui se pose plein de questions, et se casse la gueule. Comme nous tous, en somme. A la fin du film, pas de happy end ou presque. Le spectateur aurait plutôt envie de se mettre un coup de pied aux fesses, faute d’avoir pu le mettre au héros. Bref, une recette pas très complexe pour un effet d’identification maximal.

Comme Tom, par exemple, qui est en train de se faire plaquer dans les règles de l'art (500 Days of Summer)

A mâle viril du blockbuster hollywoodien, loser maigrichon du cinéma (pseudo-)indépendant? Je ne sais pas si l’on peut réduire ça à une simple équation, mais en voyant se répéter la recette de ce genre de films, je me demande ce qui se passe. Une entreprise mondiale de destruction de virilité du Mâle moderne? Une volonté des trentenaires américains et déprimés de tuer le cinéma de papa, celui de l’Hollywood musclé et impassible?

Pour avoir vu Be bad et (500) Days of Summer à la suite, deux films de la même veine sortis récemment, j’en conclus que les réalisateurs feraient mieux de finir leur analyse tranquillement, au lieu de tuer le père via leurs films. Sans être ratés, ceux-ci n’arrivent jamais à devenir vraiment beaux et profonds. J’en ressors toujours frustrée, parce que le potentiel ne manque pas… Mais l’essai n’est jamais transformé. Ces films font passer un gentil moment, et ne laissent pas de trace. Ça en devient agaçant.

Mais je ne suis pas la seule à m’énerver devant ces nouveaux anti-héros récurrents. La preuve, cette vidéo assez marrante vue sur le site des Inrocks à propos de Michael Cera, l’acteur de Be Bad.