Bon anniversaire, Tatort

De Derrick aux émissions de Volksmusik, la télévision allemande a produit des horreurs regrettables. Mais elle a aussi créé des petits miracles. L’un d’eux est une série policière diffusée le dimanche soir sur la chaîne publique ARD: « Tatort » fête ses 40 ans.

Plus qu’une série policière allemande, Tatort (= le lieu du crime) est une institution pour toutes les générations, au point qu’une expo lui est consacrée. Sujet numéro 1 des conversations de machine à café le lundi matin, elle est absolument incontournable: dans chaque grande ville, il existe au moins un bar qui propose des soirées Tatort, pour ceux qui n’auraient pas de télé (ou d’amis) pour en profiter. Les Mensa (= restau U) en organisent souvent aussi: à Fribourg par exemple, pour un euro, les étudiants ont droit à une soupe chaude et une place assise devant le rétroprojecteur. Quant aux soirées Tatort dans les WG (= les colocations), elles sont légion.

« Ça doit être vachement bien, pour que cela ait un tel succès », me suis-je dit au début. Et pourtant, il faut bien l’avouer, ces polars n’ont rien de grandiose – à mes yeux en tout cas. Le principe: chaque fois, l’histoire se déroule dans une ville allemande, avec une équipe par ville. Selon l’histoire, les acteurs et l’alchimie entre eux, certains duos de flics sont plus connus que d’autres, comme ceux de Cologne par exemple. A part ça, Tatort est un polar tout ce qu’il y a de plus classique, avec crime au début, et résolution à la fin. Comme dans toute série policière, certains épisodes sont très bons, d’autres ennuyeux à mourir. Rien de désagréable, ni de très folichon. Le générique, très kitsch et donc forcément un peu culte, est d’ailleurs toujours le même.


Alors pourquoi ce succès? Sans doute parce que cette série est l’une des plus anciennes d’Allemagne, et que les gens de mon âge la regardaient en pyjama avec leurs parents quand ils étaient petits. Une sorte de tradition-madeleine, qu’on perpétue ensuite avec ses coloc’, puis sa famille.

L’autre raison, c’est l’ancrage géographique. Chaque dimanche, on change de ville. A chaque fois, c’est donc l’occasion de montrer les spécificités locales: le paysage, le dialecte, la bière locale, etc. Des ingrédients qui fonctionnent très bien dans un pays où l’appartenance régionale est si importante. Lorsque j’ai vécu en Allemagne, chaque Tatort Leipzig était en soi un petit évènement, et l’occasion pour mes coloc’ de rappeler avec fierté que le tout premier épisode s’appelait « Taxi nach Leipzig ». Moi-même je me surprenais à guetter les plans en extérieur, pour pouvoir reconnaître ma ville d’adoption.

Mais si on devient vite accro aux soirées Tatort, c’est surtout pour leur capacité à briser cette maudite mélancolie du dimanche soir. En général, elles sont synonymes de bonne bouffe et de soirée entre potes, mais plus posées que celles du samedi. Un rite rassurant qui donne l’impression, quand la famille est loin, d’en avoir trouvé une autre. Rite qui s’achève cruellement lorsque retentit le générique de l’émission politique d’Anne Will, qui succède à Tatort tous les dimanches soirs. Chacun reprend alors le cours de ses activités. Et la semaine qu’on cherchait à repousser de quelques heures est bien là, prête à commencer.

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Une réponse à “Bon anniversaire, Tatort

  1. J’avoue qu’en arrivant dans ma chère ville-fantôme des profondeurs est-saxonnes, l’an dernier, je n’ai pas trop compris pourquoi il y avait un bar qui projetait Tatort tous les dimanches. Ma camarade de promo hongroise m’en a fait la suggestion un soir: « C’est une sorte de tradition, les allemands regardent tous ça… » Ah bon. Mal gucken, alors. Et c’était pas mal, mais je crois que j’ai préféré la bière qui l’accompagnait.

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