Vérités

[Deuxième billet du blog de Thomas Trappe. Ou les difficultés quotidiennes du localier saxon.]

Récemment, dans un bar du sud de Leipzig. La soirée est déjà bien écoulée, (…) lorsque le dialogue suivant intervient. A la question d’un importun saoul sur ce que je fais dans la vie, je me décide pour une réponse sincère et pas trop éloignée de la réalité, à savoir « journaliste indépendant », pour éviter au dialogue de prendre des directions inutiles. Mais malheureusement, au contraire de Berlin, les journalistes indépendants sont rares à Leipzig, et malgré mes efforts l’homme n’interrompt pas la discussion. Il me fait savoir par sa question suivante qu’il est non seulement ivre, mais aussi capable d’analyser la situation d’un métier à l’aide de trois mots. Voulant tester mes compétences journalistiques, il me demande: « politique ou humour? »

Retour à Riesa, la patrie du journalisme humoristique. Ces derniers temps, l’Elbe a tendance à monter sans s’arrêter, tandis que le sympathique conseiller municipal NPD Jürgen Gansel insulte les entreprises israéliennes de Dresde, sans pour autant expliquer ce qu’il a contre Israël.

Une semaine auparavant, le chansonnier Olaf Sundermeyer a lu des passages de son livre « „In der NPD – Reisen in die national befreite Zone » au tribunal d’instance de Riesa – ou, pour reprendre la formulation du NPD, le journaliste ‘libre’ [freelance] Olaf Sundermeyer a lu des extraits de son ramassis de mensonges.
Moi aussi, je m’étais décidé à quitter le canapé confortable de la rédaction pour me rendre à ce rendez-vous en banlieue.

Sundermeyer raconta et lut des choses à propos du sympathique NPD, qui avait envoyé ses propres représentants à la lecture, faisant d’eux les seuls politiciens de Riesa présents. Les autres étaient à une réunion au centre de distribution des eaux, si j’ai bien compris. Je vous épargne les jeux de mots pitoyables sur le NPD devant le tribunal, nous ne sommes pas ici dans un journal local.

Au cours de la lecture, une dispute éclate entre le dirigeant d’un club de jeunes local et le sympathique conseiller municipal NPD de Strehla, Peter Schreiber. Pas au sujet de Sundermeyer, mais à mon sujet, ce qui m’est fort désagréable. Le chef du club de jeunes critique l’un de mes articles sur la lutte de Riesa contre le NPD, qui aurait pour but de diviser les adversaires du NPD. Il faudrait plutôt rester uni, explique le jeune chef, pour mieux contrer l’idéologie antidémocratique du NPD.

Il fait référence à l’un de mes papiers, où je raconte que l’appel officiel de Riesa contre l’extrême droite avait été un gros cafouillage. Peter Schreiber en profite pour crier partout que Monsieur Trappe « a enfin écrit la vérité » – et je rougis. A la fin de la lecture, le chef du club de jeunes concrétise ses reproches à mon égard, et affirme que tout le monde sait en ville que je suis partial – une fois pour l’un, une fois pour l’autre.

Une raison suffisante pour mettre fin une bonne fois pour toute à ce soupçon qui me revient depuis longtemps au visage. Une fois, on me reproche de boycotter la « ligne » de la municipalité et la politique de la CDU. Ensuite c’est die Linke, le SPD, le FDP, et les freie Wähler qui me reprochent de trop soutenir la politique de l’adjoint aux finances (CDU), puis c’est à l’adjoint aux finances de prétendre que je serais le bras long de toute la gauche réunie. Souvent, j’entends que je ne viens pas ni n’habite à Riesa, et qu’en tant que tel je ne pourrais pas percer à jour l’âme de la ville.

Que les choses soient claires. Ma position envers les sujets de Riesa est complètement arbitraire, la qualité de mes récits est déterminée par mon humeur et je ne fais des recherches qu’en cas de réelle nécessité, en gros quand Internet ne marche pas. Tout ce que je veux faire à Riesa, c’est détruire le plus possible ce qui a été fait depuis la construction de la ville. De Riesa, je ne connais que le chemin de la gare à la rédaction, d’ailleurs j’ai très peur du reste de la ville. Je n’ai encore jamais mangé les fameuses nouilles de Riesa, ou alors juste une fois au Zündhölzer de Riesa, parce que je les ai confondues avec des frites. Je méprise l’acier de Riesa, d’ailleurs je suis sûr qu’il sert à fabriquer des bombes atomiques iraniennes. Je perçois régulièrement de l’argent et des remarques de l’ancien maire à propos de ce que je dois écrire. Le sport, rien à foutre, je n’ai jamais pu blairer l’Elbe et je viens de l’ouest, d’un bled!

Et puis qu’est-ce qu’il pourrait bien apporter de plus, ce journalisme politique dont parlait le type au bar?

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