Berlin

« La première fois que j’ai été à Berlin, j’ai été ébloui. » Cette phrase, je l’ai entendue tellement de fois. Et chaque fois, je pense la même chose: « eh ben pas moi. »

La première fois que j’ai été à Berlin, c’était l’été, j’avais sept ou huit ans. Je me souviens d’une ville immense, dont les trottoirs étaient si larges que ça donnait le tournis. Tout était trop grand, même les gens. Il faisait 40 degrés. La Potsdamer Platz était un terrain vague, couvert de grues. D’ailleurs, il y avait des travaux partout. Au Prinzenbad, la piscine en plein air de Kreuzberg, les filles se baignaient en cycliste. A Wannsee, les vieilles dames faisaient trempette toutes nues. Les hommes étaient grands, rouges, mangeaient des glaces dès 9h du mat’ et conduisaient comme des barges. N’étaient les feux pour piétons de Ost-Berlin et le musée du film qui faisait rêver, j’aurais pu être tout aussi bien à Paris (j’avais huit ans, hein).

15 ans plus tard, Berlin est devenue hype. C’est la ville où on va faire la teuf pendant trois jours, la ville où il est si agréable de bruncher-en-terrasse-avant-de-se-faire-une-brocante, la ville où rien n’est cher, où la vie semble facile. En somme, la ville où toute personne un peu branchouille rêve un jour où l’autre de s’installer.

Je ne blâme personne. Moi non plus je ne crache pas sur une petite gaufre dans le temple des bobos qu’est Kauf dich glücklich, ni sur une petite bière au Club der Visionaere. Oui je l’avoue, j’aime Berlin et dans un monde de bisounours, je l’aurais bien gardée juste pour moi (pardon aux vrais berlinois). N’étant pas à un paradoxe près, je sais aussi que si personne n’aimait cette ville ça me rendrait folle de rage, et une fois de plus je m’emporterais contre ces frenchies qui n’ont rien compris.

Alors oui c’est vrai, j’hallucine encore que des parisiens me demandent très sérieusement si effectivement Neukölln est de plus en plus côté, et qui sait, peut-être qu’un jour le Klub der polnischen Versager sera aussi in auprès des français que celui des visionnaires…

… mais quoiqu’il en soit, I swear – ou plutôt ich verspreche: je ne jouerai plus la fille aigrie (« Tu sais, y’a aussi du chômage et de la pauvreté à Berlin. Y’a pas que des bobos qui vont au magasin bio en vélo, avec leurs enfants en carriole ») comme je l’ai si souvent été avec mes amis qui s’extasient sur la capitale des bisounours de la Currywurst. Tout ce que je souhaite, c’est qu’en plus de s’intéresser à ses bars et ses clubs, ils essaient aussi de découvrir la vraie histoire de cette ville, le pays dont elle est la capitale, et la langue qu’on y parle.

Vaste programme.

Une amie berlinoise me disait en avril dernier: « Berlin devient chère et pleine de touristes. Ah là là, vivement que je retourne vivre dans une ville plus cool. Hambourg, par exemple. »

Publicités

10 réponses à “Berlin

  1. Ah ah, je te comprends parfaitement tu sais. Moi aussi, ça m’énerve qu’en 2005 des gens me disent « Putain mais Radiohead c’est trop bien en fait ». Ah bon? Je te le dis depuis 1997, connard.
    J’aimerais pouvoir aller les voir à la Flèche d’Or plutôt qu’à Bercy, mais ça m’énerverait qu’ils galèrent à vendre 500 places.
    Enfin bref, je comprends bien, et je te promets d’y faire attention, à ton bébé, et de tout faire pour apprendre sa langue.

  2. Je suis tout à fait d’accord avec toi ( Ah… le musée du film) sauf que moi j’avais 24 ans et déjà toute une dose d’aigreur en stock. Le côté, j’ai mangé de la licorne et je vois des « double rainbows » partout est incompréhensible pour tout bon français râleur qui se respecte. Un exemple qui m’a tué « on fait des réunions de quartier pour savoir comment faire pour que les gens aux revenus modestes et les familles puissent s’intégrer dans le quartier » et moi je pensais « ..euh, t’es au courant que c’est pque des gens comme toi s’installent ici que les autres finissent par s’en aller parce que vous voulez le côté populaire mais sans le bruit et les odeurs et que vous, free lance, gagnez plus d’argent qu’eux  » et cette incessante recherche de la hype perdue m’exaspère un peu. En bref, Berlin ne m’a pas extasié non plus mais on s’y habitue…

  3. Pingback: Tweets that mention Berlin « Le fil d'Ariane -- Topsy.com

  4. @Anastasia : Comme si Radiohead ou REM avaient besoin de pub! Parles moi plutôt de Jamiroquai ou Incubus, ah oui j’oubliai c’est des boysband… whatever !

    @Ariane, le comportement que tu décris des bobos sur des vélos, et tout, c’est exactement le même genre d’idée que se font les touristes qui se balade dans les quartiers huppés mais peu connu de Paris. Bien que cet caricature est perdu de son éclat avec la création du vélib’ cela ne m’étonnerai que se soit une image qui dure à l’étranger. Le bobo est éternelle :). Ne parlons pas des dandi 😉

  5. @Anastasia: merci mon chou 🙂

    @Amirouche: tu mélanges pas un peu tout, là? 🙂 Je parlais des bobos berlinois, et l’exemple du vélo et de la carriole n’est même pas caricatural. Il suffit de se balader dans prenzlauer berg un dimanche après-midi pour s’en rendre compte.

    @tufac: heureusement, Berlin ne se réduit pas qu’à ça. Mais c’est vrai que ce phénomène de gentrification est présent, et un peu inquiétant.

  6. @Ariane bon oui peut-etre que la cariole c’est typiquement berlinois, mais des bobo dopé au bio il y en a Paris aussi.

  7. (Puisque je suis grillé pas la peine d’utiliser mon pseudo)

  8. En fait Prenzlauer Berg est un véritable cauchemar – 80% de la population de souche carrément virée par les bobos de Stuttgart, Paris ou Londres, sans parler des immeubles entiers où les apparts sont loués à la semaine ou au mois. Le problème, c’est que tous les quartiers sympas de Berlin vont connaître le même sort. Kreuzberg est devenu le quartier le plus cher en termes de loyers et Neukölln est envahi de touristes. Le pire, c’est l’arrogance et la bêtise des « néo-berlinois » qui ne parlent pas 1 mot d’allemand, ignorent tout de la réalité socio-économique de la ville, vivent en vase clos dans leur univers adulescent techno-fashion-machin et achètent des apparts à des prix hallucinants quand on connaît le niveau des revenus des Berlinois (l’une des villes les plus pauvres d’Allemagne). Bref, la coupe est pleine et pas mal de gens (comme moi et ma copine) se cassent pour Hambourg (en espérant que ca ne devienne pas une tendance).

  9. Léo, tu as parfaitement résumé la situation. Tu fais quoi en Allemagne? Je doute qu’Hambourg échappe à la gentrification, mais c’est une ville qui fait très envie en tout cas.
    Bonne route!

    • J’ai reçu un ami hambourgeois il y a quelques temps (fin juillet) et il se plaignait de ce début de gentrification là-bas… Mais j’imagine Léo, que tu as encore quelques années pour profiter de Hambourg avant que ce phénomène n’y devienne intolérable et puis je pense que c’est le lot de toutes les grandes villes du monde !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s