Une histoire de Saxe.

L’Allemagne vue de France se résume trop souvent à Berlin. Et pourtant, il s’en passe des choses en province: Thomas Trappe est un jeune journaliste allemand. Il travaille à Riesa, une petite ville de Saxe quelque part entre Leipzig et Dresde. Quand je l’ai connu, il terminait ses études de journalisme à Leipzig. Comme ses collègues fraichement diplômés, il a envoyé des CV un peu partout pour trouver du boulot. La seule réponse positive lui est venue d’un journal saxon, qui lui proposait une place à Riesa. Et voilà comment Thomas y a atterri.

La Saxe est un land passionnant. On y trouve de cette vie alternative, « underground », qui existait encore à Berlin il y a quelques années (et qu’on maintient en vie aujourd’hui pour la montrer aux touristes. Mais je m’égare…)

Elle est l’une des régions les plus dynamiques parmi les « nouveaux Länder », mais le niveau de vie y reste très bas. En octobre, le chômage tournait autour de 15%. Nombreux sont les jeunes qui, une fois leurs études terminées, quittent la région pour trouver du travail ailleurs – très souvent, à l’ouest. Ceux qui restent galèrent souvent.

Pour la pauvreté, le chômage, la frustration et pour plein d’autres raisons que je ne développerai pas ici, le NPD, parti nationaliste allemand, fait de gros scores à l’est, et la Saxe n’échappe pas à la règle. Les groupuscules néonazis sont encore bien ancrés dans la région. Alors que j’étais assistante de français dans un lycée en banlieue de Dresde, j’ai dû assister avec les profs de l’établissement à un cours donné par une association locale. Le but: les aider à repérer les symboles néonazis sur les vêtements des élèves, et discuter avec eux des réactions à adopter. Chaque groupuscule a ses codes, ses symboles bien à lui, volontairement difficiles à décrypter lorsqu’on n’en fait pas partie. De quoi contourner facilement l’interdiction d’arborer la croix gammée. Et ce, dès le lycée.

Jeunes néonazis ou fachos du dimanche, à travers son travail de localier, Thomas Trappe les rencontre régulièrement. Il a fini par en faire un blog, dont voici la présentation, traduite de l’allemand:

Etre localier à Riesa, c’est un peu comme se retrouver dans un foyer pour enfants. On ne sait pas trop comment on a atterri là, mais bon, on y est. Ceci ne justifie pas ce blog, mais c’est une bonne introduction. Pour la justification: je passe le plus clair de mon temps à être journaliste indépendant, reporter à Riesa, et j’ai constaté que très souvent, les choses les plus intéressantes ne peuvent pas figurer dans le journal. Il ne va parler que de nazis, pense déjà le lecteur. C’est vrai.

En résumé: sur ce blog, on trouve des histoires de la province est-allemande.

Ceci n’est pas un blog contre Riesa, cette ville compte bien trop de personnes sympathiques pour ça. Cette histoire pourrait très bien se passer à Sylt (mais alors vraiment!), et peut-être même à Berlin ou Munich. L’intention ici est de raconter les petites et les grandes histoires liées à la rencontre avec certaines communautés. Que cela concerne uniquement Riesa, on appelle ça le destin, et peut-être même une preuve.

Ce blog est parti de pas grand chose. Et puis, à force de raconter si bien un petit bout de la vie en Allemagne, il a pris de l’ampleur. Aujourd’hui, il est nommé pour le prix du public des Grimme Awards, un concours organisé par un magazine télé, et a même eu droit à une interview dans une émission sur les médias de Deutschlandfunk. Le style est simple, les histoires frappantes, drôles et parfois terribles. Du portrait du notable local militant NPD aux petites bisbilles politiques internes, c’est vraiment un excellent blog, dont j’essaierai, avec l’autorisation de l’auteur, de traduire quelques billets.

Germanophones, ne passez pas à côté: http://thomastrappe.wordpress.com

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